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VISITES DES CAMPS D’AUSCHWITZ ET BIRKENAU
Toni Pelosato
PAR

Toni Pelosato

En mai dernier, une quarantaine de jeunes de notre commune se sont rendus à Auschwitz. Sensibiliser aux questions posées par le fascisme et le nazisme, déconstruire les discours simplistes, appeler à la vigilance, « Résister », c’est un peu l’appel que nous avions lancé et auquel ils ont répondu. Merci à eux ! Nous reproduisons ici les articles de Jimmy Beltrame, journaliste à L’Avenir, qui nous a accompagné tout au long du périple.

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Jimmy BELTRAME – Journaliste

LES JEUNES ANTHISNOIS SONT BIEN ARRIVÉS À CRACOVIE

Les jeunes Anthisnois sont bien arrivés à Cracovie
Ils sont bien arrivés à destination, à Cracovie, la quarantaine de jeunes Anthisnois et leurs accompagnateurs de la Commune et des Territoires de la mémoire. Qu’attendent-ils de ce voyage… dans le temps ?

Les 39 jeunes Anthisnois et leurs accompagnateurs sont bien arrivés dans la ville polonaise de Cracovie, dans le cadre du voyage qui les amènera à visiter les camps d’Auschwitz et Birkenau. Ce mardi, tous sont enthousiastes de découvrir ce nouveau pays, ce nouvel environnement. Mais qu’attendent-ils de ce voyage, finalement ? Pour Nhu Y Gian, cette jeune Vietnamienne de 17 ans qui vit depuis sept années à Anthisnes, c’est surtout le vécu des victimes de cette guerre qui l’intéresse. « Je voudrais essayer de me projeter dans cette époque et essayer de ressentir ce que les gens qui ont vécu dans les camps ont ressenti, dit-elle. J’ai toujours été intéressée par la Seconde Guerre mondiale. Je regarde des documentaires depuis longtemps sur le sujet. Et cette année, on voit cette partie de l’histoire en cours. Ce voyage va donc aussi m’aider pour l’école. » Et même si le but, c’est aussi de se confronter à l’horreur de cette sombre période, « j’ai un peu peur de revoir les images de ces personnes qu’on jette dans des fosses communes ».

« J’ai voulu me sensibiliser »‍‍

Ça fait longtemps que Charlotte Fairon, 20 ans, voulait visiter Auschwitz. « Je voulais le faire seule mais quand j’ai vu l’appel de la Commune et le prix très abordable du voyage, je me suis dit que c’était l’opportunité », expose cette étudiante en psychologie, qui précise qu’elle attend de ce voyage d’en apprendre plus sur l’histoire de l’holocauste et de la Seconde Guerre. Toutefois, « j’ai peur que les choses que je vais voir m’affectent trop. Car je suis très sensible. En tout cas, je pense que visiter Auschwitz, c’est quelque chose qui est à faire au moins une fois dans sa vie ! »

‍Pour Antony Zimmermann, 17 ans lui aussi, ce voyage a davantage vocation au développement personnel. « J’ai voulu participer à ce voyage car depuis que je suis tout-petit, j’ai tendance à faire de l’humour noir et c’est vrai que ça tourne aussi, souvent, autour des juifs, confie-t-il. Je ne me rends pas toujours compte et c’est assez impulsif. J’ai donc voulu venir ici pour me sensibiliser car j’ai conscience que ça peut blesser. J’aimerais également ressentir ce que les gens ont vécu pendant la guerre. » Et il le dit, « j’espère qu’être exposé à l’Histoire comme ça me rendra moins impulsif et moins gaffeur ».

Une visite des camps d’Auschwitz et Birkenau, mais pas seulement

Le moment phare de ce voyage en Pologne, c’est sans nul doute la visite des camps d’Auschwitz et Birkenau. Mais ce ne sont pas les seuls vestiges de l’Histoire que vont découvrir les jeunes Anthisnois. Ce mardi, tout d’abord, tous ont visité le cœur historique de la ville de Cracovie, pour un atterrissage en douceur. Ce, malgré la « drache »… Mais c’est ce mercredi que les choses sérieuses commencent. Après une visite de l’ancien quartier juif de Kazimierz et son cimetière juif, le groupe s’imprégnera de l’atmosphère de l’ancien ghetto de Podgorze.

Ils passeront d’ailleurs devant la fabrique Schindler, rendue célèbre par le film adapté du roman La liste de Schindler, qui mit en lumière le formidable revirement de l’industriel allemand Oskar Schindler, venu faire affaire dans la région de Cracovie au départ mû par l’appât du gain. Jeudi, donc, ce sera la visite des camps de concentration, de travail et d’extermination d’Auschwitz et Birkenau qui animera la journée. Départ de la « judenramp », voie ferrée par où arrivaient des trains remplis de personnes, dont principalement des juifs, emmenés vers un destin incertain… mais mortel, quel que soit le sort que leur réservait le régime nazi. Le soir, les jeunes et leurs accompagnateurs pourront échanger sur leur expérience de ce voyage pour la mémoire lors d’un groupe de parole. Quatrième jour, vendredi, tous rentreront dans leur plat pays.

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Jimmy BELTRAME – Journaliste

Quartier juif, ghetto et camp de Cracovie découverts par les jeunes Anthisnois

Longue journée de visite pour les jeunes Anthisnois qui ont été guidés dans le quartier juif, le ghetto et le camp de travail de Cracovie ce mercredi.
La visite du ghetto et des camps

Les gouttes éclatent sur les têtes de nos jeunes Anthisnois. À Cracovie ce mercredi, jour de fête nationale en Pologne, il pleut encore. Les jeunes s’élancent matinalement vers le quartier juif de Kazimierz, guidés par la Polonaise Magdalena Kwinta. Avec le petit cimetière juif, la place Wolnica, la synagogue «wolf popper» devenue librairie… «Il y avait une quarantaine de synagogues avant la guerre. Aujourd’hui, il n’en reste que sept et une seulement est encore en activité», informe la guide, attentivement écoutée par les jeunes. Elle explique aussi que c’est « le seul quartier juif de Pologne resté intact. C’est pour ça que Steven Spielberg a tourné les scènes de ghetto du film «La Liste de Schindler » ici, plutôt que sur le site de l’ancien ghetto devenu trop moderne. Il n’y a plus l’atmosphère qui régnait dans les années 40.»

Tous traversent ensuite la Vistule pour rejoindre le quartier voisin où se trouve l’ancien ghetto de Podgorz, justement, sur la rive gauche du fleuve. Ghetto où ont notamment vécu le célèbre et controversé réalisateur Roman Polanski et sa famille, d’ailleurs eux aussi sauvés par l’industriel allemand Oskar Schindler. «Le ghetto a été créé en 1941. Et ce sont près de 18 000 juifs qui y ont vécu pendant la guerre, dans des conditions d’hygiène dramatiques. À cause du manque d’eau mais aussi du nombre trop important de personnes qui y vivaient, explique encore Magdalena. Une épidémie de typhus a obligé le régime nazi à séparer le ghetto en deux secteurs : le ghetto A pour les personnes aptes au travail ; le B pour les personnes considérées inutiles, c’est-à-dire les personnes âgées, les enfants jusqu’à 16 ans, les personnes malades ou handicapées.»

Un mur d’enceinte empêchait les juifs détenus dans le ghetto d’en sortir mais il est en grande partie détruit. Les jeunes Anthisnois ont toutefois pu en voir un fragment encore debout, avant de rejoindre la place Bohaterow, où se trouve le monument aux chaises. «C’est sur cette place du ghetto que les juifs étaient rassemblés avant leur déportation vers les camps d’Auschwitz-Birkenau.»

Avant de rejoindre en car le site du camp de concentration et de travail Plaszow, le groupe est ensuite passé devant la fabrique de Schindler dans le quartier de Podgorz toujours, grâce à laquelle 1 100 juifs ont pu être sauvés.

Un bon groupe, « super-respectueux »

La visite n’était pas reposante ce mercredi. Les jeunes ont beaucoup marché et ont dû ingérer beaucoup d’informations données par la guide. C’était sans compter sur la météo capricieuse. Pourtant, malgré les conditions, les jeunes sont restés vraiment «top».

Et ce n’est pas l’échevin Toni Pelosato qui dit le contraire. «Je trouve le groupe très mature. Malgré les conditions météorologiques et la fatigue, ils sont très à l’écoute, restent intéressés et impliqués. Franchement, j’ai déjà connu pire !» Idem pour la conseillère du CPAS Line Jadot, qui les trouve «super-respecteux».

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Jimmy BELTRAME – Journaliste

FLASH-BACK DANS L’ABOMINATION DES CAMPS NAZIS D’AUSCHWITZ ET DE BIRKENAU

La visite des camps
Ce jeudi, les jeunes Anthisnois ont visité les camps de concentration et d’extermination d’Auschwitz et Birkenau. Pour sûr, ils en reviendront marqués.

Stupéfaction, désolation… ne sont pas des mots assez forts pour exprimer les sentiments qui émergent en nous à la découverte des camps de concentration et d’extermination nazis de manière générale. Et ceux d’Auschwitz et Birkenau, que les jeunes Anthisnois ont visités ce jeudi, ne font évidemment pas exception. Nous aussi, on a découvert les terribles réalités qui ont eu lieu dans ces lieux emprunts d’abomination.

C’est par Auschwitz II Birkenau que commence cette plongée dans l’histoire. Départ de la « judenramp », cet emblématique porche d’entrée traversé par le chemin de fer qui servait à y acheminer les détenus juifs. Mirador, hautes clôtures barbelées, fossés, wagons à bestiaux… Malgré la présence de rares baraquements en bois – ceux-ci reconstitués avec les matériaux d’origine – et en briques, dans cet immense site laissé vide par les destructions d’après-guerre et du temps, on est instantanément projeté dans un flash-back d’images et de sensations étranges.

L’horreur exulte du vert tableau de Birkenau

Images incolores et surannées de notre inconscient collectif, qui nous montre ces femmes, ces hommes et ces enfants en tenues rayées avancer en rang d’oignon. On les voit, là, au pied des barbelés, à coups de pioches, creuser des fossés ; construire les baraquements qui étoufferont leurs derniers soupirs avant les chambres à gaz, il ne faut pas en douter. Le tout sous les cris et les coups des Allemands, ces autres femmes, ces autres hommes en mal d’humanité. On les entend, aussi, les trains à vapeur qui vont et viennent, tirant des wagons chargés d’humains ; les haut-parleurs qui scandent leur Volkslieder, ces chants destinés à faire fonctionner au mieux la machine concentrationnaire. L’horreur exulte de ce tableau vert…

Le flash-back s’estompe ! C’est bien une cigogne qui apparaît et efface les tenues rayées, les pioches et les cris des boches. Et là, des biches, qui grignotent les graminées sur fond des chants d’oiseaux, dans un amer paradoxe. «La vie a repris le dessus, chuchote d’ailleurs Cédric Boonen, des Territoires de la mémoire, à la vue du volatile blanc. Pendant la guerre, il n’y avait plus un chant d’oiseau, plus un brin d’herbe sur le sol marécageux», tant il était piétiné, depuis trop longtemps, par les bottes mais surtout «par les détenus qui l’ont foulé par milliers».

Des larmes et des visages fermés

Dans l’après-midi, les jeunes rejoignent le camp d’origine, Auschwitz I. Celui-ci resté quasi intact puisque principalement construit en briques. Il est aujourd’hui devenu un musée mais n’en est pas moins marquant à observer. C’est d’ailleurs là qu’on verra nos jeunes les plus touchés.

Car cette partie muséale d’Auschwitz montre bien plus explicitement les horreurs de l’holocauste, qui en sont plus faciles à appréhender. Photos, projections-vidéo, montagne de cheveux humains, de chaussures et d’autres biens ayant appartenu aux détenus, sans parler des cellules, des chambres à gaz et des fours crématoires… Les visages se ferment chez nos «djonnes», des larmes chez certains se mettent à couler. On les sent touchés, troublés. Après ces trois jours passés en Pologne, tous reviendront en Belgique ce vendredi marqués et, peut-être, plus tout à fait les mêmes…

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Jimmy BELTRAME – Journaliste

Comment les jeunes l’ont-ils vécu ?

Lauryn Mahy, 19 ans

«J’ai ressenti de la tristesse parce que c’est horrible ce qui s’est passé ici. Surtout par rapport aux enfants. Tout particulièrement leurs dessins sur les murs comme ces personnes pendues… Je me sentais mal à leur place. Personne ne mérite tout ce qu’ils ont subi mais j’ai été particulièrement marquée par le fait que les enfants avaient le même sort que les adultes. C’est horrible ce qu’ils ont vécu.»

Nell Dehossay, 18 ans

«J’ai vécu beaucoup d’émotions dans cette visite. Ce sont les enfants qui m’ont surtout touchée. Je me suis imaginé ce qu’ils ont vécu et ça m’a beaucoup émue. Parmi les choses qui m’ont le plus marquée, c’est la taille des cellules, super-petites, dans lesquelles vivaient cinq à six personnes. Ils devaient rester debout car pas assez de place pour s’asseoir, se coucher…»

Élise Beltrame, 18 ans

«Dans le premier camp qu’on a visité, Birkenau, j’étais plutôt en paix car c’était moins visuel que le deuxième, Auschwitz I. Le fait d’être dedans, j’ai bouillonné : les chaussures, les cheveux… mais surtout les enfants. Les vidéos projections des gens heureux avant la guerre m’ont beaucoup touchée. J’ai eu la gorge serrée tout le long de la visite. J’ai en tout cas appris plein de choses qui étaient encore floues. Je suis sur le cul !»

Charlotte Fairon, 20 ans

«À Birkenau, je me suis sentie bizarrement très apaisée. C’était un endroit fort calme. Je ne réalisais pas encore ce qui s’était passé sur les lieux car c’est très vert. À Auschwitz I, on voit tous les objets des victimes et j’ai trouvé ça un peu compliqué émotionnellement. On se rend mieux compte du nombre de personnes qui ont été tuées. Les vêtements de bébés, les chaussures d’enfants, c’est ce qui m’a le plus marquée. C’était dur.»

Valentin Tarabella, 17 ans

«J’ai découvert des choses que je ne connaissais pas sur les conditions de détention, la manière dont les détenus étaient traités… Ce qui m’a interpellé, ce sont les affaires des détenus qui sont là en très grande quantité… Surtout les habits des enfants. Mais aussi les 10 tonnes de cheveux humains qui se trouvent dans la vitrine. Si je peux apporter mon expérience comme passeur de mémoire, et bien je le ferai. C’est important.»

Nhu Y Gian, 17 ans

«Avant de venir ici, je m’attendais à quelque chose de plus choquant, avec des images plus explicites. Ce que je craignais au départ de voir. J’ai été fort marquée par les chambres à gaz et les fours crématoires. La taille des chambres m’a aussi beaucoup interpellée. J’espère pouvoir revenir un jour. En tout cas, ce voyage va beaucoup m’aider pour le travail qu’on fait à l’école sur la Seconde Guerre mondiale.»

Nora Jadot, 17 ans

«C’est compliqué de s’imaginer le nombre de personnes qui sont passées par le camps de Birkenau et ce que les gens ont vécu ici. C’est énorme. J’ai été interpellée par les photos prises en cachette par des détenus, où on voit des personnes nues dans le sous-bois qui attendent leur tour pour entrer dans les chambres à gaz… Et aussi les baraques où logeaient les détenus. Je me sens bizarre, ça fait mal au ventre. J’aime pas du tout…»

Thibault Danthine, 19 ans

«C’est beaucoup d’horreur mais ici à Birkenau, difficile de bien se projeter. Il y a des photos qui donnent une certaine idée de ce qui s’est passé. Ce qui m’a le plus marqué, c’est l’histoire de l’homme mis vivant dans le four crématoire et les images des gens dans la forêt qui attendent de rentrer dans la chambre à gaz. C’est quand même fort marquant, je trouve.»

1 MILLION DE MORTS PARMI LESQUELS 200 000 ENFANTS

la visite d'Auschwitz

Auschwitz est le plus vaste complexe concentrationnaire du troisième Reich. Mais la plus grosse des horreurs, c’est à Auschwitz II Birkenau que ça s’est passé, comme le dit Cédric Boonen, des Territoires de la mémoire qui a mis en place ce voyage. « On préfère toujours commencer les visites des camps par ce site-ci, parce qu’à notre sens, c’est là que tout s’est passé dans le cadre de l’extermination des Juifs. C’est ici où se trouvaient les quatre principaux crématoires , même si c’est à Auschwitz I qu’ont été testées pour la première fois les exterminations au ziclon B, le fameux volatile utilisé dans les chambres à gaz.

Selon l’estimation des historiens, en tout, ce sont 1,3 million de juifs qui ont été déportés vers les camps d’Auschwitz, dont 25 000 Belges. C’est 1 million de ces personnes qui ont été exterminés et parmi elles, il y avait 200 000 enfants.