
Fabienne Jamotte


À Tavier, en face du panneau « Anthisnes autrefois » et de l’église, se dresse une grande croix en bois sur un socle de pierre. Intriguée, j’ai interrogé mon fidèle documentaliste, Monsieur Sauvage, qui a mis à ma disposition une de ses précieuses cartes postales.
C’est tout un monde qui s’est offert à moi car on y voyait non seulement la croix mais aussi un peu de la vie du début du siècle passé.
Cette croix érigée il y a bien longtemps avait pour fonction de placer Tavier sous la protection divine. C’était aussi un repère pour les voyageurs et plus tard un point de halte pour les processions. Sur la photo, on observe la poste qui est signalée par une enseigne et surtout par les facteurs à vélo qui ont fière allure…
De tout temps, les Hommes ont eu besoin de communiquer vite et bien. Dans l’Antiquité, les Romains inventèrent des stations en latin posta par où transitait le courrier.
Louis XI au 15e siècle instaura en France la poste « aux chevaux » fondée sur le concept de relais hérité des Romains.
C’est là qu’intervient la notion des 7 lieues dont je suis si friande en tant que conteuse (souvenez-vous du Petit Poucet)… Toutes les 7 lieues (distance maximale que peut parcourir un cheval au galop) il y avait un point relais où le messager changeait de monture. Il continuait ensuite sa course, parfois jusqu’à 21 lieues (90 km), pour livrer les messages le plus rapidement possible…
Plus tard, apparut la malle-poste avec son conducteur et surtout le postillon juché sur le cheval de tête.
C’est lui, le postillon, ou plutôt sa monture qui portait les bottes de 7 lieues. Ces objets effarants pouvant atteindre 8 à 10 kg restaient, en effet, fixés au cheval pour protéger le cavalier de tous les chocs. Celui-ci, à l’approche d’un village soufflait dans un cor, pour prévenir le maître de poste qu’il fallait préparer des chevaux frais sans perdre une minute. Ce petit instrument de musique en cuivre est devenu l’emblème de la poste.
CULTURE & PATRIMOINE11
Le train, le bateau et la voiture ; les progrès techniques effacèrent la malle-poste du paysage.
Bien sûr, on communiquait d’une ville à l’autre mais au sein d’une même agglomération rien n’était mis en place. Il était d’usage de faire porter les lettres par des domestiques.
C’est au 17e siècle que fut envisagée la petite poste : un service urbain basé sur des boîtes murales et l’affranchissement du courrier. Malgré des débuts difficiles, l’idée fit son chemin et au 18e siècle apparut le concept de poste à un sou offrant un service plus efficace de collecte et de distribution par des facteurs.
Au fil du temps, le facteur devint le centre de la vie locale. Dans nos campagnes, il faisait sa tournée quotidienne à pied (20 à 30 km) distribuant le courrier, les pensions et rendant des petits services.
La bicyclette apparut au début du 20e siècle. Le parcours était rythmé par de courtes haltes chez les habitants qui lui offraient souvent une « goutte » (un verre de pékèt) pour le réchauffer en hiver, ou un café. (On se souvient du film Bienvenue chez les Ch’tis) …
Il devait comme nous le montre la photo porter un uniforme réglementaire constitué d’une vareuse sombre ornée de boutons en cuivre et d’une casquette rigide rehaussée du cor de postillon, symbole de l’administration des Postes belges.
Imaginer une lettre, l’écrire de sa plus belle plume, la glisser dans une enveloppe, la timbrer puis la poster et se réjouir de l’émotion qu’elle suscitera… tout cela semble bien loin.
Aujourd’hui un petit clic sur le clavier suffit… Et pourtant, nous sommes encore comme des enfants quand le facteur nous livre le précieux colis dont nous avons tant rêvé… ■